L’organisation vue comme un instrument de domination

Temps de lecture : 4 minutes

Le carcan comme instrument de la domination constitue une des 8 « images (ou métaphores) de l’organisation » de Gareth Morgan.
Cette image de l’entreprise correspond à l’exploitation des personnes.
Les conséquences de cette exploitation sont la souffrance, l’absentéisme, les maladies et accidents de travail, le stress, …
La lutte des classes sociales se situe à cet aspect avec le travail de la majorité ne servant que les intérêts de quelques-uns.
La domination ne se situe pas seulement à l’intérieur des organisations (exploitation du personnel) et, mais se retrouve aussi à l’extérieur (pouvoir des multinationales, …).
Organisation et entreprise comme instruments de domination, au service des intérêts d’une élite.

1 – Domination sociale (exploitation de la main d’œuvre)

a – S’intéresse aux modalités de l’exploitation de la main d’œuvre :

  • Précarité liée au statut d’emploi : Les filières de travail clandestin, de sous-traitance, etc
  • Nombre d’heures prestées et rythmes de travail
  • Conditions physiques de travail : le bruit, froid/chaleur, effets de produits toxiques, …
  • Conditions psychologiques : le harcèlement, le contrôle excessif, le stress, …

b – Trois types de domination bureaucratique (Max Weber) :

(voir l’article : “L’organisation vue comme un système politique” ):

  • Charismatique : Il repose sur la qualité personnelle du chef avec un appareil administratif très souple et peu structuré. L’obéissance au chef, pas aux règles. Les « faits de guerre » du chef vont lui octroyer une grande valeur. Le pouvoir est aux mains d’un seul homme reconnu par ses subordonnés et il véhicule son autorité et sa domination par le biais de disciples ou d’intermédiaires.
  • Traditionnel : Il repose sur le respect de la tradition et du passé, sur l’héritage. Le pouvoir est transmis de génération en génération et sa légitimité repose sur le respect des valeurs traditionnelles. La domination traditionnelle s’inscrit dans une logique de tradition.
  • Rationnel-légal : Sa légitimité est basée sur les lois, les règlements et les procédures.

Accéder au pouvoir implique de suivre les mécanismes et le cheminement adéquats dans l’organisation.

c – Exploitation des travailleurs (Karl Marx) :

La domination se situe dans la recherche de la plus-value et de l’accumulation du capital : les effets sur le rendement des actions (capital) de l’annonce des licenciements et plan de restructuration. Les salaires des « tueurs d’entreprise » sont montrés du doigt et sont considérés comme responsables du malheur des salariés.

d – Domination et statut d’emploi :

En fonction de son statut dans l’emploi, on va dominer les autres et être dominés par les autres :

  • Système différentiel de rang, de privilèges, de droits et d’avantages, de protection
  • Ouvriers non qualifiés, ouvriers qualifiés, employés, cadres avec notamment installation de l’OST (Organisation Scientifique du Travail) qui permet une main d’œuvre plus docile, moins qualifiée.
  • Nouvelle forme de domination : le statut d’emploi : CDI, CDD, « faux-indépendants », intérimaires, sous-traitants, travailleurs au noir ou permis de travail temporaire

2 – Domination économique

L’environnement économique impose ses dominations :

  • La domination du commerce mondial par les multinationales.
  • Les entreprises asiatiques sur les entreprises européennes

3 – Domination politique

Les zones d’incertitudes sont entretenues et développées pour que le pouvoir des dirigeants ne soit pas remis en cause :

  • La recherche du pouvoir dans l’organisation et le détournement du pouvoir au profit d’un petit nombre d’individus
  • Liens entre le monde politique et l’économique – l’un au service de l’autre – commission / détournement

4 – Domination idéologique (pensée, mots, sens, ..)

Pour obtenir le maximum des individus, des idéologies sont utilisées comme moyen :

  • Pouvoir du dirigeant dépend de la capacité à trouver appui ou légitimation dans les idéologies et les croyances de ceux qu’il dirige
  • Pouvoir des sectes et du religieux dans les organisations
  • Stratégies de résistances
  • Tentatives des employés de s’organiser pour « résister » via syndicats, groupe de soutien, …
  • Actions des gouvernements nationaux et instances internationales pour réglementer (travail des enfants, responsabilité sociale)
  • Stratégies pour affaiblir ces mouvements d’opposition (délocalisation, fragmentation et externalisation, éclatement des statuts, etc)

Les conséquences psychosociales apparaissent aujourd’hui en plein jour et sont omniprésentes dans les médias. Tous les acteurs (dirigeants, managers, salariés) sont pris dans leurs propres histoires personnelles et celles que les collectifs (société, direction de l’entreprise, ligne hiérarchique, …) veulent leur faire jouer. Ces contradictions peuvent être difficiles à gérer et déstabiliser le socle psychologique de l’individu. Par exemple, un conflit intérieur peut naitre quand les réponses aux demandes faites par le collectif sont vues comme impossibles avec les ressources (matérielles, physiques ou psychiques) dont l’individu estime disposer. On l’appelle alors “stress“.

Sous notre propre domination …

Le maitre, le tyran, celui qui nous fait souffrir, n’est peut-être pas si loin de nous :

Quelques citations de La Boétie issue du « Discours de la servitude volontaire »:

  • « Il y a trois sortes de tyrans. Les uns règnent par l’élection du peuple, les autres par la force des armes, les derniers par succession de race. (…) s’ils arrivent au trône par de divers moyens, leur manière de régner est toujours à peu près la même. Ceux qui sont élus par le peuple le traitent comme un taureau à dompter, les conquérants comme leur proie, les successeurs comme un troupeau d’esclaves qui leur appartient par nature. »
  • « Les tyrans ne sont grands que parce que nous sommes à genoux. »
  • « Pour que les hommes, tant qu’ils sont des hommes, se laissent assujettir, il faut de deux choses l’une : ou qu’ils y soient contraints, ou qu’ils soient trompés. »
  • « Nul doute que la nature nous dirige là où elle veut, bien ou mal lotis, mais il est vrai qu’elle a moins de pouvoir sur nous que l’habitude. »

Pour commencer à travailler sur La Boétie (Blog d’étude avec liens)

Que faire avec toutes ses sources de domination ?

Cette métaphore est souvent associée à “l’exploitation de l’homme par l’homme”, que l’on va retrouver dans la thématique du stress.

Nous ne sommes pas toujours conscients des sources de domination dont nous sommes l’objet… En effet, la domination est partout. Nous sommes tous dominés par des personnes, des événements (vécus ou fantasmés). La domination ne peut pas être supprimée ! On doit faire avec, mais comment ?

Dans l’entreprise, comme dans la vie “hors travail”, nous devons être vigilants, autant que possible…, que nos actions ne dépendent pas, ou le moins possible, de sources de domination et, au moins, d’en être conscient et arbitrer nos décisions en conséquence.

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