Les paradigmes de l’organisation gestionnaire

Temps de lecture : 3 minutes
Organisation et gestion

« À l’heure de la guerre économique, il ne sert à rien d’avoir des états d’âme ». « Pour gagner cette guerre, il faut faire des sacrifices et tout combat exige des pertes humaines ».
Dans « La Société malade de la gestion » de Vincent De Gauléjac.

Tout d’abord, il ne s’agit pas ici de mépriser la gestion. En effet, la gestion est utile pour organiser la production en prenant en compte : les matières premières (les produits délivrés par les fournisseurs), les technologies (pour améliorer la productivité), les hommes (pour intervenir dans certains processus et assurer une fluidité), l’argent (pour rémunérer les hommes et investir dans des outils), …

La gestion est souvent présentée comme pragmatique, mais elle n’est pas neutre pour les individus. Les outils de gestion sont devenus des outils idéologiques, c’est-à-dire qui véhiculent une représentation du monde. L’entreprise n’est plus vue comme une communauté humaine, mais vue uniquement comme une entité au service de la financiarisation de l’économie.

Dans l’article, La part maudite du management, Vincent de Gaulejac élabore 5 paradigmes au fondement de la gestion :

Critique des paradigmes au fondement de la gestion :

PARADIGMESPRINCIPE DE BASECRITIQUEEN SYNTHÈSE
ObjectivisteComprendre, c’est mesurer, calculerPrimauté du langage mathématique sur tout autre langage.L’important est de comprendre des significations, d’aider chacun à analyser le sens de son expérience, de définir les finalités de ses actions, de lui permettre de contribuer à produire la société dans laquelle il vit.
FonctionnalisteL’organisation est une donnéeOccultation des enjeux de pouvoir. Les conflits sont considérés comme des dysfonctionnements par rapport à un idéal (lequel ?).Les acteurs doivent comprendre les racines de ces normes issues de la normalité (idéal) attendue pour pouvoir en discuter la pertinence et déterminer leur conduite en connaissance de cause.
ExpérimentalL’objectivation de l’humain est un gage de scientificitéDomination de la rationalité instrumentale.La démarche scientifique de l’expert n’est pas applicable aux sciences de l’homme et à la société. Les hommes ne sont pas des objets, des instruments avec lesquels on va investiguer.
UtilitaristeLa réflexion est au service de l’actionLa soumission de la connaissance à des critères d’utilité.Seule l’utilité est un gage de performance, d’efficacité. Tout ce qui n’entre pas dans ce critère est considéré comme irrationnel.
ÉconomisteL’humain est un facteur de l’entrepriseRéduction de l’humain à une ressource de l’entreprise.L’entreprise doit être considérée comme une production humaine et non l’inverse. La valeur de l’individu est mesurée en fonction des seuls critères financiers. Les improductifs doivent prendre en charge leur propre réalisation.

Il n’existe pas une entreprise qui réponde à un seul de ces paradigmes. Dans chaque entreprise, on va retrouver un mix de ces paradigmes. Ce mix va dépendre de l’histoire de l’entreprise, de sa culture, de son dirigeant, etc

Quelles utilisations de ces paradigmes de gestion :

La compréhension de cette “intimité” de l’entreprise est un élément essentiel pour appréhender toute démarche interne. Par exemple, il sera indispensable d’avoir cette compréhension lorsque l’entreprise devra procéder à une transformation interne.

Si le facteur humain est vu comme “instrumental” et “rationnel”, la mise en œuvre de changements au sein de l’entreprise pourra provoquer des dommages “imprévus”. En effet, le plus souvent, les conséquences “sociales” ne sont pas pris en compte en amont. Dans ce cas, les performances attendues du projet de changement ne seront peut-être pas atteintes …

Conclusion

Aujourd’hui, dans la plupart des entreprises, le mode “gestionnaire” est largement utilisé. Pendant toutes ces dernières années, ce mode était plébiscité, voire encouragé par les cabinets de conseils et les écoles.

Il est donc particulièrement difficile de se détacher d’une solution qui a fait ses preuves, mais qui fonctionne désormais de moins en moins bien. Procéder à ce type de changement est couteux pour la Direction, et pas seulement financièrement ! Pour le dirigeant, c’est un changement de représentations, puis un changement de posture.

Et vous, avez-vous identifié quels paradigmes sont en vigueur dans votre entreprise ?

Si oui, avez-vous déjà mis en place des actions pour mieux prendre en compte l’humain.

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